Serge Bimpage
    Accueil
Menu
Accueil
Biographie
Oeuvres
La critique
Mon Blog
Mes notes de lecture
Rencontres
Contact
Liens
Rechercher
Plan du site
Syndication


Marc Bonnant met le feu à la Comédie

marc_bonnant.jpgSoirée exceptionnelle et, qui sait, peut-être historique, lundi soir, à la Comédie ! Exceptionnelle parce que c’est avec  gourmandise, comme l’annonçait Anne Bisang, que la star du barreau genevois Marc Bonnant a relevé le défi  de « défendre l’indéfendable » Roberto Zucco.  Une salle archi comble est venue goûter la prouesse. L’avocat n’a pas démérité. Armé d’une rhétorique qui fait sa légende, le magistrat - qui aime à dire avoir rêvé d’un destin pour ne trouver qu’une carrière, ou avoir souhaité devenir écrivain mais renoncé par amour pour la littérature - seul sur scène, a littéralement soulevé son auditoire.
Il fallait être fou ou génial pour se lancer dans pareille plaidoirie imaginaire, sur cette pièce imaginée par Bernard-Marie Koltès (jouée jusqu’au 8 novembre à la Comédie) où le héro Roberto Zucco assassine froidement son père, sa mère, un enfant et un commissaire de police. Pour y parvenir : se méfier de la vérité. « Défendre, c’est inventer. La vérité est un piège à couillon, a proclamé le magistrat. L’avocat, tout au plus, essaye d’extirper ce qu’il croit juste. » Or, comment s’y prendre quand son « client » a choisi de surcroît de n’être personne, de demeurer muet et invisible ? Eh bien, commencer par le faire vivre…
Suspendu aux lèvres du ténor, le public opinait quand l’orateur rappelait comme tous les dossiers de justice sont impuissants à faire vivre un homme. « Le procès pénal est avant tout une narration , Zucco ne serait rien avant que d’être défendu tant il est vrai que les gens n’existent que par le « dit ». Pour cela, il faut du style, un sens littéraire. » Et le même public d’applaudir en un silence médusé quand le maître passait en revue les vaines expertises et variantes de prétoire pour juger un gamin dont la posture est d’être « hors du monde ».
Tour à tour, toutes les pirouettes et tous les artifices de l’appareil judiciaire volent en éclat devant ce client hors du commun qui les bat en brèche. Et qui finit par disparaître sans que l’avocat, fasciné par sa propre logorrhée, s’en aperçoive. On lui tend un billet. Roberto Zucco a décidé de se faire justice lui-même. Le montage est habile en ce que, insensiblement, le morceau de bravoure de Marc Bonnant se métamorphose en leçon d’humilité. Pour toucher à l’essence  commune à la littérature et à la justice (« Un procès, c’est une histoire de mots, les faits sont indifférents») : l’exercice de l’intelligence, qui suppose le deuil des certitudes.
Le moment était sans nul doute historique. Dans la mesure où le jury populaire est appelé à disparaître, et sa capacité d’entendre, sinon de comprendre, le bruissement de la vie dans une plaidoirie, les ténors de la trempe de Bonnant aussi, sont appelés à disparaître hélas. Chose d’autant plus regrettable, comme le maître s’est plus à le rappeler, que « les églises étaient pleines du temps où la messe était dite en latin. »

 
Pourquoi Chessex était un grand écrivain
chessex.jpgLongtemps, la littérature romande s’est cherchée. Tournée vers la France tout en dépendant politiquement de Berne, elle a soufferts de problèmes identitaires. Sa propre langue, disons ramuzienne, la reléguait aux enfers du folklore. Son contexte d’une Suisse frileuse et privilégiée l’empêchait de toucher à l’universel.
Or, si elle a aujourd’hui trouvé son chemin, jusqu’à fasciner bien au-delà de la France, c’est grâce à de grands écrivains comme Chessex. Comment ? En possédant une vraie voix. Surtout, en montrant la voie.  Ainsi Ramuz affirmait « On ne va au particulier que par amour du général et pour y atteindre plus sûrement. » Notre auteur national encourageait à faire fi de nos complexes, de tirer avantage de nos particularismes. Jean Starobinski défendait ce « décalage fécond » qui définit la position de l’écrivain suisse de langue française. Maurice Chappaz conseillait à son jeune confrère Jean-Marc Lovay de « maintenir le primitif en circulation ».
Le plus beau « testament » de Jacques Chessex  se trouve dans l’un de ses derniers ouvrages, passé relativement inaperçu du grand public, Le simple préserve l’énigme. Je lui cède la parole et m’incline bien bas :
 « Ce qui m’ennuie en littérature : les annonciateurs, les dévots, les positivistes, et les écrivains pédagogues. Faux Socrates, ils sont tellement plus vieux que leur âge ! Parce que les singeries vieillissent tôt. Prenez Char : pas de rides. Prenez Leiris : pas de rides.  Alors que les donneurs de leçons ont la mine usée à trente ans dans la paroisse des bien-pensants.
« Laissons ces éclats de verre.
« J’aime les romanciers qui m’attirent dans leur songe, dans leur blessure, et qui me tiennent plusieurs heures de lecture-envoûtement.
« J’aime beaucoup les petits livres apparemment sans trop d’ordre, parcellaires, mais un seul fil les parcourt, faisant la couture plus cachée, - unie dans la profondeur.
« L’âge venant pour moi, toutes ces années, je vois que je me suis simplifié pour plonger au plus complexe. Ou que j’ai fait taire trop de voix, trop de musiques, trop d’accents, pour saisir mon seul courant, ce flux confus que mon corps, ma tête, mon oreille, simplement réuniront.
« J’aime le simple aéré et qui aère, le simple puits des profondeurs, le simple sous lequel bougent toutes les complexités, le secret le plus opaque, tous les possibles, la fureur, le vertigineux scandale de l’existence et du rien.
« J’aime cette phrase de Heidegger : « Le simple préserve l’énigme. »
Merci, Jacques.
 
design by 216-Grafx

© 2010 Serge Bimpage
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.
JoomSEF SEO by Artio. Sponsors: Plastic and Cosmetic Surgery in Michigan and Anwalt für Deutsche Firmen und Privatpersonen in den USA.