Serge Bimpage
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A Genève, la politique culturelle baigne dans le sang Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
19-05-2009

pitbull.jpgC’est l’énigme de l’année : comment diable un prince de la culture a-t-il pu se transformer en assassin ? Aurait-il soudain révélé sa vraie nature meurtrière, ou celle-ci s’est-elle forgée à l’aune de la fascination du pouvoir ?

On l’avait connu journaliste dynamique et enthousiaste, prêt à défendre la veuve et l’orphelin, doué d’une rare générosité dans la profession. Devenu politicien, il semblait poursuivre, volant au secours de tel ou tel service sinistré de son département. Quelque chose de christique en lui…

Et voilà que l’une après l’autre, les têtes se sont mises à tomber ! D’abord les petites, puis les moyennes, jusqu’aux grandes : le glaive a frappé, brandi d’abord par la propre main du Christ devenu Machiavel puis tenu en renfort par d’autres mains qui sont celles des audits.

Tel ami des Verts, père de famille qui avait quitté son emploi pour rejoindre le prince : renvoyé pour incompatibilité. Tel ancien confrère et ami qui fit de même, séduit : poussé dehors pour divergence de vues. La suite, on connaît. Complot pour promouvoir la princesse à la direction du Musée des sciences. Association avec les employés pour déstabiliser la direction du Grand Théâtre. Eviction du directeur du Musée d’ethnographie. Limogeage de celui du Musée d’art et d’histoire…

Tandis que la politique culturelle genevoise baigne dans le sang, on s’interroge en silence. Faut-il que notre magistrat se déteste pour déployer tant de haine et qu’il méprise la culture pour la torturer ainsi. Mais courage, camarades. Un jour, c’est sûr, le peuple moribond se lèvera d’un bond et réclamera un audit du Département.

 
Les clowns ne manquent pas de souffle! Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
20-01-2009

souffle_danges.jpgEn ces temps moroses où même la culture semble l’être, « Souffle d’anges » est un ballon d’oxygène ! Quatre clowns, mis en scène par Vincent Aubert qui en fut un autre, de talent, occupent la scène du théâtre de la Parfumerie jusqu’au 24 janvier. Il faut s’y précipiter, ça vaut toutes les montées au Salève pour trouver le soleil.
Si un clown meurt, où va donc le rire ? Et l’au-delà, se pourrait-il qu’il soit drôle ? Réponses dans « Souffle d’anges » qui met aux prises quatre clowns qui ont construit leur spectacle de A à Z. A dire franchement, les clowneries n’ont jamais été ma tasse de thé. Mais là, je suis resté soufflé ! De même que le comédien s’engage dans une profession tandis que l’acteur se lance dans une aventure, ces quatre-là, pas de doute, y ont mis toutes leurs tripes.
Pour tout scénario, le déroulement des associations libres flirtent un temps avec les vicissitudes humaines, les petites lâchetés, prouesses, séductions, rivalités qui, ma foi, perdurent, même au paradis ; on y assiste comme de haut puis, insensiblement, par le truchement d’une femme énigmatique (un ange ?), voilà que leur nouvelle réalité, leur perte d’identité et leur confrontation à l’autre les soulève, les transcende au profit d’une humanité ici-bas dévoyée.
De gags en en situations coquasses, à force d’élévation d’esprit, c’est la poésie qui ressort gagnante de cette suite de facéties enchaînées comme autant de prophéties. Et le spectateur. Oui, il se pourrait bien, se dit-on au final, à force de cheminement avec ces clowns qui nous ressemblent singulièrement, de partage avec eux d’émotions allant du rire aux larmes, que l’homme puisse devenir un jour ce qu’il a toujours rêvé d’être : vrai…
Je ne résiste pas à révéler les noms de ceux qui se cachent derrière les gros nez rouges : Pierre Cohannier, Catherine Spozio (à qui on doit la création musicale aussi inventive que rythmée), Jacy Gremaud et Véronique Calpini qui officient sous l’appellation incontrôlée de Cie Service compris. Hormis leur professionnalisme, une année de conception et répétition président à ce spectacle unique. On n’a pas fini d’entendre parler d’eux.   

Théâtre de la Parfumerie, Ch. de la Gravière 7, 1227 Les Acacias / Genève.

 

 
Vous gagnerez, Assouline ! Au nom de Jorge Luis Borges. Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
23-05-2008

BorgesLe Prix de la Société littéraire de Genève, pour mon « Henry Dunant, j’ai rêvé le monde », j’avais décidé de me le fêter ! A peine sorti des éditions Albin Michel, je m’étais précipité chez un libraire parisien pour m’offrir Borges en Pléiade. L’air emprunté, le libraire m’a dit qu’il ne l’avait plus. Dans la librairie suivante, ils ne l’avaient plus non plus et dans la suivante, même scénario. J’ai foncé, fébrile, chez les bouquinistes de la Seine, point de trace du grand écrivain. Alors, un type l’air chafouin m’a regardé attendri : « Ne vous fatiguez pas, Monsieur : vous ne trouverez Borges en Pléïade nulle part à Paris, ni en France, ni ailleurs. »
Deux ans plus tôt, j’avais rencontré à Genève la veuve de Borges, Maria Kodama. Plutôt sympathique, admirative, jalouse de son ex génie bien sûr, mais enjouée, inspirée semblait-il comme le fut Yoko Ono par John Lennon. Comment aurais-je pu imaginer que la détentrice des droits de l’immense écrivain en userait et abuserait… au point de s’opposer catégoriquement à la réédition des deux volumes des « Œuvres complètes » de Jorge Luis Borges parues dans la Pléiade en 1993 et 1999 ! Pourquoi ? Personne jamais ne m’en fournit l’explication. Jusqu’à cet article de Pierre Assouline paru dans le « Nouvel Observateur » du 10 août 2006.
L’histoire se noue à Genève en 1986, rappelle Assouline, où l’écrivain argentin voulut s’établir pour finir là où il avait commencé ayant étudié au collège Calvin entre 1914 et 1918. Il est rejoint par son ami Jean-Pierre Bernès, qu’il avait connu lorsque celui-ci était conseiller culturel à l’ambassade de France à Buenos Aire. Tous deux préparent l’édition critique de la Pléiade pour la plus grande joie du vieux Borges qui mourra en 1986. A la parution de chacun des tomes, le succès est énorme. Vingt ans après la disparition de l’écrivain pourtant, Maria Kodama en interdit la réédition. « Les lauriers tressés à leur maître d’œuvre ont-ils indisposé la veuve de l’écrivain ? », s’interroge Assouline qui cite Bernès : « Le succès de la Pléiade l’a dépouillée de Borges et ça lui est insupportable. » Et de revenir en substance sur son comportement, ses agissements à sa guise avec l’œuvre de son mari, la validité de son mariage avec l’écrivain et enfin les révélations effarantes du journaliste Juan Gasparini dans son livre « La dépouille de Borges ».
Stop, chut. Le procès en diffamation que vous a intenté Maria Kodama est reporté au 12 juin. Vous le gagnerez, Pierre Assouline. Au nom de Jorge Luis Borges, de ce qu’il fut à la littérature universelle. Je pense à votre courage en serrant contre mon cœur les deux tomes que j’avais fini par réussir à me procurer dans une librairie genevoise.

 

 
Bon appétit! Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
16-10-2007

En voici une bien bonne. Invité à récent séminaire organisé par Migros, un patron de presse avisé a annoncé tout récemment que la culture n’intéressait désormais plus que… 5% des lecteurs dans la presse écrite ! Il n’en fallait pas plus pour le magazine du capital à but social envisage de saper les livres et laisser de moins en moins de place- voire plus du tout - à la culture. A première vue, ça a l’air choquant. On pourrait en effet rétorquer que si la culture dans les médias n’occupe que 5% de place, comme c’est le cas actuellement, ma foi c’est normal qu’il n’y ait que 5% de gens intéressés, non ? En somme, moins on vous donne à manger, moins vous mangez. Mais en seconde analyse, restons lucide, c’est bien joué. Parce que, sevrés de nourritures spirituelles, les lecteurs devront se rabattre sur d’autres et vous voyez lesquelles je veux dire. Allez, ce sera tout pour aujourd’hui, bon appétit.

 
Au secours (de) l'édition romande ! Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
26-09-2007

Il est un événement littéraire qui touche en plein cœur au destin même de l’édition romande: la sortie de l’ouvrage (provisoirement épuisé) Beau comme un vol de canards. On le doit à la plume du Veveysan Michel Moret, directeur des Editions de L’Aire. Sous-titré Cent jours de la vie d’un éditeur, ce journal débute le 9 octobre 2006 pour s’achever le 19 janvier 2007. Il donne à entrevoir, sans le dire, avec une rare poésie, comme notre pays assassine l’édition suisse.

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