Serge Bimpage
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Elles sont belles, les nouvelles de Moeri Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
13-10-2010

Antonin Moeri se fond dans l’homme. Il n’a pas son pareil, à une table de bistrot ou poussant son caddie pour, d’un coup d’œil, l’harponner comme un pêcheur, le déposer dans ses filets et l’examiner gigotant d’humanité. Et lui-même devient poisson. Se glisse dans la peau de sa proie, rit, se débat et souffre avec lui.
Ayant le plus souvent pour théâtre le bord du lac ou quelque village de la Riviera, les nouvelles de Moeri scintillent en autant de tableaux impressionnistes. On cligne des yeux devant le chatoiement des portraits en miroir : un homme et une femme se disputent à une table voisine, les participants jasent au mariage d’un couple mixte, une femme confie ne pas supporter son mari qui ronfle. Vus de l’extérieur, ce ne sont que petits riens, les symptômes de menus dérèglements voilés par la quiétude et la beauté inquiétante de lieux sans véritable histoire.
Or, le mot revient quelques fois, Moeri est en « alerte ». « J’ai écouté le discours avec des sentiments mélangés. Il y avait, dans le regard de la femme éloquente, une étrange inquiétude. Ses paroles dithyrambiques, son enthousiasme débordant m’ont alerté ». Et si les paroles d’ouverture de la magistrate dissimulaient le contraire de ce qu’elle pense ? Si le salaud, chez le couple qui se dispute, n’était pas celui qu’on voudrait? Si la femme du ronfleur avait aussi ses tares ? L’écrivain ne le dit pas comme ça. Avec une rare finesse, il suggère, présente la scène d’une lumière décalée.
Loin du genre scénario suspens à la chute spectaculaire, Antonin Moeri scelle ses nouvelles de son œil malicieux. Artisan consciencieux, il ne se prive pas, cependant, de nous désarçonner. Très personnel est son style, sa manière de guider son lecteur vers de fausses pistes. Comme dans la vie, où, attablé au bistrot ou poussant notre caddie, notre esprit est sollicité par une chose puis par une autre apparemment dépourvues de liens entre elles. Et voilà que tout s’éclaire, d’un sens qui semble s’imposer de lui-même.

Serge Bimpage

Tam-tam d’Eden, par Antonin Moeri. Bernard Campiche Edition. 238 pages.

 

Ou comment voler la vie des autres

Décoiffé, on ressort des trois cent quarante cinq pages de L’amour nègre ! Et même bluffé. Tant l’affaire est rondement menée, suspens, rythme, phrases courtes et tout ce qu’il faut de sea, sexe, sun, sensationnel et violence inclus. Tant les auteurs romands ne nous ont pas habitués à telle charge.
C’est l’histoire, passionnante au départ, de l’adoption du jeune Africain Adam par un couple de stars du cinéma américaines. De quoi nous rappeler une certaine actualité. Elles emmènent donc Adam à Hollywood. Mais voilà que le gentil garçon se transforme en petit monstre. De placement en placement, ses frasques le conduiront finalement en Suisse.
Et c’est vrai que Jean-Michel Olivier manie cette trame en vrai professionnel. Les dialogues, truffés de d’époustouflantes références musicales et cinématographiques, fonctionnent à merveille. On brûle, dans la peau du jeune Adam, de connaître la suite (l’Occidental adore « connaître la fin », comme le souligne l’écrivain) de ses innombrables péripéties.
Essentiellement, c’est l’arrachement d’un jeune homme à sa famille du tiers monde et le monde superficiel et frelaté du star système que nous donne à connaître et éprouver l’auteur. Un monde entaché d’égoïsme et de narcissisme dont Adam, évidemment, fera les frais. Très documenté, le roman fait incontestablement œuvre de document.
Nonobstant quelques doutes sur la crédibilité du héros (comment un jeune garçon peut-il retenir autant de noms de films, de musiques et de marques de vêtements ?), ainsi que sur les motivations de l’auteur (ne serait-il pas quelque peu fasciné par le monde qu’il dénonce ?), le tout se lit avec plaisir et d’un trait.

Serge Bimpage

L’amour nègre, par Jean-Michel Olivier. Editions de Fallois/L’Age d’Homme. 346 pages.

 

 

 

 
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