Serge Bimpage
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Pokhara - Le journal du samedi 10 novembre 2007, Radio suisse romande Convertir en PDF
Écrit par Geneviève Bridel   
09-11-2007

On en vient au roman que vous nous proposez, on le doit au Genevois Serge Bimpage, auteur de plusieurs récits, essais, biographies et romans. Son titre, c’est Pokhara, une petite ville du Népal d’où partent les ascensions ?

(Geneviève Bridel) C’est ça, et c’est le lieu où se retrouvent deux amis d’enfance, pour fêter leur cinquantième anniversaire, « loin des méchants », comme dit l’un d’eux, Léon. Léon qui est, on va simplifier, le baroudeur qui a tout largué, femme et enfants, en tout cas, qui se veut libre et sans attaches ; son ami Viktor, lui, a réussi à s’échapper pour cette occasion du restaurant qu’il dirige avec sa femme, il revendique son désir de « jeter l’ancre », comme il dit, ce à quoi l’autre lui réplique qu’il a signé son arrêt de mort ! Sur moins de 100 pages, Léon et Viktor vont entamer un trekking, confronter leurs choix de vie et aussi sentir ce que peut et doit être l’amitié. C’est un livre concis, raison pour laquelle il aurait pu se dispenser de la moindre coquille – c’est un message à l’éditeur – et c’est un livre à la fois résistant et fataliste !

Ce qui paraît contradictoire… ou on résiste ou on se résigne, non ? Comment faire les deux à la fois ?

(GB) En acceptant de renoncer pour ne pas être vaincu : autrement dit, en assumant ses faiblesses et ses dépendances, en reconnaissant ce que l’on doit aux autres, mais aussi en gardant vivants et présents à l’esprit les engagements qu’on a pris, les conneries qu’on a faites et en se répétant que ce qui devait arriver arriva, ou arrivera. Voilà la conciliation de ces deux attitudes qu’on trouve dans le roman de Serge Bimpage, avec une prédominance du fatalisme, tout de même, qui se résume dans cette phrase : « il fallait se faire une raison : l’univers des possibles se rétrécissait. » C’est sans doute la phrase dans laquelle se retrouveront pas mal de quinquagénaires, pour autant qu’ils s’octroient, comme les deux héros de Pokhara, le temps de réfléchir deux minutes à ce qu’ils sont, ce qu’ils font et ce qu’ils veulent.


C’est une sorte de bilan un peu nostalgique, ce livre ?


(GB) Pas nostalgique dans la mesure où la nostalgie viendrait de ce qu’ils refusent le présent et lui préfèrent le passé, ce qui n’est pas le cas. Et puis aucun des deux amis ne larmoie vraiment, même si tous deux gambergent pas mal… pour des hommes ( !) puisqu’ils ont quitté l’action pour la réflexion… D’ailleurs, cette situation extrême qu’ils ont choisie, effort physique, dépaysement, solitude, huis clos, si on peut dire à propos de l’Himalaya, se prête particulièrement à l’introspection. Disons plutôt que c’est le bilan d’une vieille amitié de plus de 40 ans… avec un constat tardif mais réel sur les soins qu’exige l’amitié et que l’auteur exprime ainsi : « L’amitié contient de l’amour, jamais l’inverse. D’un amour trahi, on se remet, pas d’une amitié disparue ». A ce stade, il faut peut-être préciser que Pokhara n’est pas un livre macho sur les vertus de l’amitié virile. Encore une contradiction à relever chez Bimpage, son livre a quelque chose de féminin dans la volonté de faire le point, et de mettre des mots sur des sentiments enfouis et des non-dits, mais l’écriture est assez masculine, je dirais parfois un peu expéditive, on reste parfois sur sa faim, notamment de correspondances plus développées entre cet Himalaya formidable et ce sentiment de vanité qu’éprouvent les deux amis. Le fond prend le pas sur la forme. Ce qui est tout à fait cohérent avec le propos de l’auteur : s’interroger sur ce qui est essentiel, ce qui reste en fin de compte.

 
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