Serge Bimpage
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Marc Bonnant met le feu à la Comédie Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
03-11-2009

marc_bonnant.jpgSoirée exceptionnelle et, qui sait, peut-être historique, lundi soir, à la Comédie ! Exceptionnelle parce que c’est avec  gourmandise, comme l’annonçait Anne Bisang, que la star du barreau genevois Marc Bonnant a relevé le défi  de « défendre l’indéfendable » Roberto Zucco.  Une salle archi comble est venue goûter la prouesse. L’avocat n’a pas démérité. Armé d’une rhétorique qui fait sa légende, le magistrat - qui aime à dire avoir rêvé d’un destin pour ne trouver qu’une carrière, ou avoir souhaité devenir écrivain mais renoncé par amour pour la littérature - seul sur scène, a littéralement soulevé son auditoire.
Il fallait être fou ou génial pour se lancer dans pareille plaidoirie imaginaire, sur cette pièce imaginée par Bernard-Marie Koltès (jouée jusqu’au 8 novembre à la Comédie) où le héro Roberto Zucco assassine froidement son père, sa mère, un enfant et un commissaire de police. Pour y parvenir : se méfier de la vérité. « Défendre, c’est inventer. La vérité est un piège à couillon, a proclamé le magistrat. L’avocat, tout au plus, essaye d’extirper ce qu’il croit juste. » Or, comment s’y prendre quand son « client » a choisi de surcroît de n’être personne, de demeurer muet et invisible ? Eh bien, commencer par le faire vivre…
Suspendu aux lèvres du ténor, le public opinait quand l’orateur rappelait comme tous les dossiers de justice sont impuissants à faire vivre un homme. « Le procès pénal est avant tout une narration , Zucco ne serait rien avant que d’être défendu tant il est vrai que les gens n’existent que par le « dit ». Pour cela, il faut du style, un sens littéraire. » Et le même public d’applaudir en un silence médusé quand le maître passait en revue les vaines expertises et variantes de prétoire pour juger un gamin dont la posture est d’être « hors du monde ».
Tour à tour, toutes les pirouettes et tous les artifices de l’appareil judiciaire volent en éclat devant ce client hors du commun qui les bat en brèche. Et qui finit par disparaître sans que l’avocat, fasciné par sa propre logorrhée, s’en aperçoive. On lui tend un billet. Roberto Zucco a décidé de se faire justice lui-même. Le montage est habile en ce que, insensiblement, le morceau de bravoure de Marc Bonnant se métamorphose en leçon d’humilité. Pour toucher à l’essence  commune à la littérature et à la justice (« Un procès, c’est une histoire de mots, les faits sont indifférents») : l’exercice de l’intelligence, qui suppose le deuil des certitudes.
Le moment était sans nul doute historique. Dans la mesure où le jury populaire est appelé à disparaître, et sa capacité d’entendre, sinon de comprendre, le bruissement de la vie dans une plaidoirie, les ténors de la trempe de Bonnant aussi, sont appelés à disparaître hélas. Chose d’autant plus regrettable, comme le maître s’est plus à le rappeler, que « les églises étaient pleines du temps où la messe était dite en latin. »

 
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