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Vous gagnerez, Assouline ! Au nom de Jorge Luis Borges. Convertir en PDF
Écrit par Serge Bimpage   
23-05-2008

BorgesLe Prix de la Société littéraire de Genève, pour mon « Henry Dunant, j’ai rêvé le monde », j’avais décidé de me le fêter ! A peine sorti des éditions Albin Michel, je m’étais précipité chez un libraire parisien pour m’offrir Borges en Pléiade. L’air emprunté, le libraire m’a dit qu’il ne l’avait plus. Dans la librairie suivante, ils ne l’avaient plus non plus et dans la suivante, même scénario. J’ai foncé, fébrile, chez les bouquinistes de la Seine, point de trace du grand écrivain. Alors, un type l’air chafouin m’a regardé attendri : « Ne vous fatiguez pas, Monsieur : vous ne trouverez Borges en Pléïade nulle part à Paris, ni en France, ni ailleurs. »
Deux ans plus tôt, j’avais rencontré à Genève la veuve de Borges, Maria Kodama. Plutôt sympathique, admirative, jalouse de son ex génie bien sûr, mais enjouée, inspirée semblait-il comme le fut Yoko Ono par John Lennon. Comment aurais-je pu imaginer que la détentrice des droits de l’immense écrivain en userait et abuserait… au point de s’opposer catégoriquement à la réédition des deux volumes des « Œuvres complètes » de Jorge Luis Borges parues dans la Pléiade en 1993 et 1999 ! Pourquoi ? Personne jamais ne m’en fournit l’explication. Jusqu’à cet article de Pierre Assouline paru dans le « Nouvel Observateur » du 10 août 2006.
L’histoire se noue à Genève en 1986, rappelle Assouline, où l’écrivain argentin voulut s’établir pour finir là où il avait commencé ayant étudié au collège Calvin entre 1914 et 1918. Il est rejoint par son ami Jean-Pierre Bernès, qu’il avait connu lorsque celui-ci était conseiller culturel à l’ambassade de France à Buenos Aire. Tous deux préparent l’édition critique de la Pléiade pour la plus grande joie du vieux Borges qui mourra en 1986. A la parution de chacun des tomes, le succès est énorme. Vingt ans après la disparition de l’écrivain pourtant, Maria Kodama en interdit la réédition. « Les lauriers tressés à leur maître d’œuvre ont-ils indisposé la veuve de l’écrivain ? », s’interroge Assouline qui cite Bernès : « Le succès de la Pléiade l’a dépouillée de Borges et ça lui est insupportable. » Et de revenir en substance sur son comportement, ses agissements à sa guise avec l’œuvre de son mari, la validité de son mariage avec l’écrivain et enfin les révélations effarantes du journaliste Juan Gasparini dans son livre « La dépouille de Borges ».
Stop, chut. Le procès en diffamation que vous a intenté Maria Kodama est reporté au 12 juin. Vous le gagnerez, Pierre Assouline. Au nom de Jorge Luis Borges, de ce qu’il fut à la littérature universelle. Je pense à votre courage en serrant contre mon cœur les deux tomes que j’avais fini par réussir à me procurer dans une librairie genevoise.

 

 
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