| 8. ANNEXES | ||
Entrevue avec Fabio Lo Verso
– D’un côté Le Courrier a gagné 6000 lecteurs en deux ans, de l’autre il a perdu 500 abonnés. Comment expliquez–vous ce paradoxe ? – Nous bénéficions de 2,5 lecteurs par numéro, ce qui est un taux très élevé que beaucoup de titres ne parviennent pas à atteindre. Cette augmentation du lectorat s’explique par le fait que le journal circule. Beaucoup l’achètent, se le passent ou le volent. Ce qui signifie que le journal est de plus en plus apprécié. Pendant ce temps, il est vrai que le tirage a baissé. Parmi les causes à invoquer, il faut noter la concurrence de la radio et de la télévision bien sûr. Mais également celle d’internet, puisque tout un chacun peut désormais aisément s’organiser sa propre revue de presse sur la toile. Des journaux comme Le Monde et Libération mettent en ligne leurs analyses gratuitement. Les journalistes qui se prêtent à ce jeu sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. L’analyse, la réflexion, bref tout ce qui fait l’essence du métier, ne sauraient être gratuit car ils correspondent à un vrai travail. Le recul des abonnements provient également du fait que nous sommes un lieu de débat qui véhicule les idées de la gauche. Or, les mouvements et les associations sont actuellement considérablement affaiblis et le contenu de nos colonnes par là même. Nous ne pouvons donc nous contenter de dire à nos lecteurs « abonnez–vous, Le Courrier est un lieu de débat riche ». Pour récupérer ces abonnés, nous devons mettre en avant la raison d’être fondamentale de notre titre : l’indépendance. Sans indépendance (vis–à–vis de la publicité comme des lobbies économiques et politiques), il n’y a pas de liberté de la presse. – Craignez–vous également l’essor fulgurant des journaux gratuits ? – Je ne pense pas que nous partagions nos lecteurs avec ceux des journaux gratuits. Même s’il est certain qu’ils posent un sérieux problème d’éthique commerciale publicitaire, nous n’en sommes pas affectés puisque Le Courrier n’est pas dans le marché. Notre approche est celle du partenariat, il se fonde sur notre réseau socio–culturel qui n’a rien en commun avec celui des gratuits. J’ajouterai même ne pas déplorer leur existence ; un jeune qui découvre la presse à partir du gratuit peut fort bien s’intéresser ensuite à un journal comme le nôtre. – Un journal totalement indépendant n’est–il pas une utopie dans le marché d’aujourd’hui ? – Tout le problème est que cette idée tend à gagner les esprits ! Pourtant, l’indépendance n’est pas un concept creux. Elle s’affirme par la structure de notre journal où la pub ne représente que 20% du budget, alors que pour les autres titres elle représente au minimum 60%. Les annonceurs n’ont donc aucune prise sur notre ligne éditoriale. Evidemment, comme nous aurions besoin encore de 700 abonnés pour être dans les chiffres noirs, nous ne sommes pas crispés au point de refuser un peu de publicité ; mais dans la seule mesure où notre indépendance n’en pâtisse pas. Et puis, il y a autre chose. Nombreux sont ceux qui croient que Le Courrier n’est pas indépendant, qu’il est soumis à un parti, ce qui n’est aucunement le cas. Notre défi consiste donc récupérer notre image d’indépendance et de crédibilité, à relancer le débat public sur des thèmes qui permettent cette démonstration. Ce qui est particulièrement difficile au moment où tous les journaux, même les plus asservis au pouvoir économique, tentent de faire le même exercice. – Avez–vous une stratégie pour intéresser les jeunes à votre journal ? – Notre lectorat jeune se situe en 18 et 25 ans, il est composé essentiellement d’universitaires qui ont souvent milité au sein de diverses associations. Selon les derniers chiffres certifiés, nous conservons ce lectorat. Notre souci consiste donc à les conserver plutôt que d’en chercher de nouveaux. De plus, nous sommes hélas dépourvus de moyens de marketing pour attirer les lecteurs jeunes. C’est le serpent qui se mord la queue : si nous avions davantage de lecteurs, alors nous aurions les moyens de lancer une campagne…
– Les classements internationaux sur la liberté de la presse placent l’Italie en 60ème position sur 100 ! Là–bas, comme dans de nombreux pays, le pluralisme est réduit à la portion congrue, les citoyens pensent que la presse est le porte–parole d’un pouvoir qui n’agit pas. Fort heureusement, ça n’est pas encore le cas en Suisse romande. Mais on sent bien que le virus est en train de gagner la Suisse romande. La concentration des journaux tue inéluctablement le pluralisme. Seule l’élaboration de lois anti concentration pourraient endiguer le phénomène. Or, avant que ceci n’advienne, les journalistes perdent de plus en plus leur indépendance. Un journaliste licencié par Edipresse, par exemple, a peu de chance de retrouver du travail vu que le groupe domine le marché ; par conséquent, il y regardera deux fois avant de refuser de déroger aux règles déontologiques du journalisme. Dans les grands groupes, l’indépendance se perd. Il n’y a par conséquent pas particulièrement lieu d’être optimiste. BIBLIOGRAPHIE -Articles
-Interviews
Travail de Maturité – L’avenir de la presse écrite en Suisse romande – Résultats du questionnaire distribué à Claparède entre septembre et octobre 2007 Age : de 15 à 19 ans 100 collégiens 48 M. 52 F. 1) Je m’informe le plus souvent à travers : a) Internet 44 2) Quand je lis le journal : a) Je le lis chez des amis 4 3) Les journaux gratuits : a) Sont un moyen efficace de m’informer 36 4) Les journaux quotidiens payants : a) Sont un moyen efficace de m’informer 63 5) Ce qui me donnerait envie de lire davantage les journaux : a) Qu’ils soient gratuits 49 7) Je lis un journal gratuit : a) Tous les jours 17 8) Je lis un journal payant : a) Tous les jours 10 9) Par rapport aux journaux payant, je pense que les quotidiens gratuits informent : a) Aussi bien 5 10) Je pense plutôt que : a) On n’a besoin de personne pour apprendre à lire la presse 67 11) J’ai déjà eu un cours d’éducation aux médias : a) Oui 55 12) Internet, je l’utilise pour : a) Dialoguer en ligne (MSN, chat) 68
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