| 6. CONCLUSION | ||
De ce tour d’horizon de la presse écrite en Suisse romande, il ressort avant tout une complexité extrême du problème, à l’image de toute crise économique en somme. Il n’est pas inutile de l’affirmer, car les stratégies mises en place pour résoudre la crise illustrent bien qu’il ne se dessine point de solution toute trouvée : c’est par essais et erreurs d’une part, que les patrons de presse tentent de s’en sortir, et par une méthode de diversification d’autre part.
Le plus frappant, dans cet examen de la presse écrite, réside à mon avis dans la quasi absolue unanimité de la part de tous les acteurs des médias, quelle que soit leur idéologie, dans le regret que la presse tend à s’homogénéiser sous l’effet des concentrations ; et que l’évolution actuelle commence à nuire considérablement au pluralisme garant des points de vues divers et donc de la démocratie. Or, il faut bien constater sur ce point que seules deux voix vont au–delà des simples regrets pour envisager des solutions : celle du rédacteur en chef du journal indépendant le Courrier, et celle du journaliste Christian Campiche. Tout se passe au fond comme si, sur le plan de l’analyse, la boucle se refermait sur elle–même, épousant la loi impitoyable du marché. Edipresse, par exemple, pour se défendre contre la tentative d’invasion de Hersant ou de Ringier, pratique une politique d’extension qui constitue à rechercher le maximum de titres et à lancer des « gratuits ». Or, cette politique de marché mobilise toutes les énergies, au détriment d’une véritable réflexion – innovation – sur les besoin réels des lecteurs. Au chapitre du marché, justement, il m’est apparu tout aussi frappant comme ce dernier ouvre un gouffre de plus en plus grand entre la mission du journaliste et la réalité de son travail. Sa mission devrait être celle de l’indépendance absolue ; or, la réalité économique force ce dernier à des compromis qui pervertissent sa mission. Un constat qu’on retrouve au niveau des groupes de presse eux–mêmes : les mieux disposés à défendre des titres de qualité se voient contraints, par protectionnisme, à des manœuvres qui vont à fins contraires. Comment ne pas avouer que pareils constats ont quelque chose de déprimant pour un jeune qui s’intéresse à la presse ! Certes, cette petite étude m’a permis d’entrevoir qu’il en va de la presse comme de n’importe quel secteur économique. Les journaux payants sont délaissés au profit des journaux gratuits et des autres médias. Le premier critère qui pousse le jeune à choisir un média plutôt que l’autre reste la facilité d’accès à l’information. Mais justement, il me semble que la presse doit se distinguer de tout autre produit économique si elle veut être indépendante et crédible ! Elle a une responsabilité vis–à–vis des lecteurs et des jeunes en particulier. Mon sondage a montré que ceux–ci savent distinguer l’information profonde de celle superficielle. En effet, 63% des collégiens considèrent les journaux payants comme un moyen efficace de s’informer contre 36% pour les gratuits. De plus, 68% d’entre eux pensent que les « gratuits » informent beaucoup moins bien que les payants. Malgré cela, les journaux gratuits sont les plus lus (34% des jeunes les lisent 3 à 5 fois par semaine contre 7% seulement pour les payants). Or, si les éditeurs de journaux payants publiaient des articles qui concernaient plus les jeunes, ils en profiteraient : 36% des jeunes affirment que si les sujets d’articles les concernaient plus, ils auraient d’avantage envie de lire la presse. Mais l’espoir fait vivre. On peut toujours se dire, avec Antoine Maurice, que « si les vingt dernières années montrent quelque chose, c’est tout d’abord que la presse écrite ne disparaîtra pas ; pas davantage que la télévision n’a fait disparaître la radio par exemple. » Certes, la presse semble tendre vers une division entre le « sans pertinence » qui ne touche plus les vrais sujets d’importance pour le lecteur et l’exigence de qualité. Mais en même temps, comme l’atteste mon questionnaire, il n’y a aucune raison de penser qu’au dehors de l’autobus les jeunes et moins jeunes soient condamnés à la première voie. Au final, une des questions majeures que se pose la presse est de savoir comment les jeunes de la génération « digitale » se comporteront face aux médias. Habitués à l’informatique, aux téléphones portables et à internet, il est difficile de savoir si les jeunes continueront à lire la presse alors que l’écran leur est presque plus familier que l’imprimerie. Et surtout, il est nécessaire de savoir s’ils seront prêts à payer pour s’informer où si, au contraire, les journaux gratuits et/ou l’information via la Toile leur suffira. Au travers de mon questionnaire, quelques certitudes me sont venues à l’esprit. Celle, tout d’abord, que le comportement des jeunes face à la presse est étroitement lié à son milieu scolaire d’une part, et à son milieu familial d’autre part. Or, cette dimension éducative me semble largement négligée par les stratégies des médias. Ceux–ci devraient investir beaucoup plus la dimension pédagogique auprès des jeunes, ce que le marché ne saurait faire à leur place ! Mais peut–être que les médias, justement, n’en ont pas les moyens, occupés par leur survie. Dès lors, ne serait–ce pas au Département de l’instruction publique de venir en renfort afin que les jeunes deviennent de véritables citoyens–lecteurs et ne rejoignent pas le troupeau des consommateurs ? En fin de compte, en conclusion de ma recherche, j’imagine ainsi l’avenir de la presse en Suisse romande :
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