| 4.2 LES CONSEQUENCES QUALITATIVES | ||
4.2.1. L’affaiblissement du statut et de la crédibilité du journaliste Dans les journaux d’abord soucieux de rentabiliser leurs investissements, la rédaction passe au second, voire troisième plan. Les éditeurs pensent pouvoir se passer des journalistes et privilégient les jeunes sans expérience parce qu’ils les paient moins. Or, le journalisme est un métier qui demande de l’expérience et qui se valorise avec l’âge. La priorité des rédacteurs en chef est devenue de rentabiliser aux dépens du journalisme. De multiples menaces pèsent ainsi sur l’information. Les publi–reportages parfois publiés sans la mention « publicité » comme ce fut le cas avec Alinghi qui sous forme de présentation élogieuse de son équipe s’offrait un joli coup de publicité avec une mention publi–reportage à peine lisible, les cahiers spéciaux qui en réalité ne servent que d’attrape–pub et le grossissement d’une nouvelle anodine jusqu’à la déformer pour mieux vendre le journal. La presse écrite perd de sa crédibilité car de plus en plus, elle manque d’objectivité, prend parti, ment et manipule. Aux Etats–Unis, un journaliste du New York Times a falsifié des faits, copié des articles d’internet et inventé de nombreuses histoires qui sont apparues en première page du journal. Et cela pour attirer le lecteur en le choquant. Toujours dans le même pays, de nombreux journaux dont le Washington Post et le New York Times se sont transformés en organes de propagande. Les journaux ont publié des informations provenant de l’administration Bush sans vérifier si les faits étaient avérés. Judith Miller, journaliste vedette du New York Times a avoué avoir écrit plusieurs articles sur les armes chimiques avec comme unique source un exilé irakien financé par la CIA(19). Plus tard, une enquête montrera que toute l’information fournie par cet homme était sans valeur. Ces désastres médiatiques ne se limitent pas aux Etats–Unis et ont particulièrement touché la France, l’Espagne – les médias, contrôlés par le gouvernement de José Maria Aznar ont tenté de rendre responsable l’ETA plutôt qu’Al–Qaida des attentats du 11 mars 2001– et plusieurs autres pays. Ces nombreuses affaires et l’alliance qui lie de plus en plus les médias aux pouvoirs économique et politique ont tendu a décrédibiliser les médias. Le journalisme critique cède de plus en plus sa place au journalisme de bienveillance. A la lecture de la déclaration de Serge Dassault aux rédacteurs du Figaro – qui lui appartient – on peut se demander si la liberté de la presse n’est pas en train de se perdre : « Je souhaiterais, dans la mesure du possible, que le journal mette plus en valeur nos entreprises. J’estime qu’il y a quelquefois des informations qui nécessitent beaucoup de précautions. Il en est ainsi des articles qui parlent des contrats en cours de négociation. Il y a des informations qui font plus de mal que de bien. Le risque étant de mettre en péril les intérêts commerciaux ou industriels de notre pays. »(20). Or, Dassault appelle « notre pays » son entreprise de fabrique d’armes. Par la suite, plusieurs articles dont une interview sur la vente d’avions à Taïwan et une information sur des conversations portant sur un projet de vente d’avions seront censurés. Du côté de la Suisse, l’effet des concentrations n’est heureusement pas aussi spectaculaire qu’en Italie, aux Etats–Unis ou en France. Mais il n’en demeure pas moins inquiétant, pour deux raisons indissolublement liées et qui reviennent dans la bouche de tous les experts : l’homogénéisation–peopolisation de l’information d’un côté, l’affaiblissement du pluralisme de la presse de l’autre.
(19) « Médias en crise », par Ignacio Ramonet, le Monde Diplomatique, Janvier 2005
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