4.1 CONSEQUENCES ECONOMIQUES
 

4.1.1. Les regroupements industriels

« D’activité économique à part, non soumise aux lois ordinaires de la production et de la vente, la presse est devenue une industrie comme les autres, avec une gestion commerciale et un marketing aussi efficaces et agressifs que ceux des autres secteurs économiques. »(9)

De plus en plus de journaux sont rachetés par des industriels qui, peu à peu, prennent le contrôle de la plupart des journaux. Les groupes, que ce soit des géants comme le groupe allemand Bertelsmann, l’Australien Rupert Murdoch ou encore l’anglais Robert Maxwell, achètent et revendent les titres, en lancent d’autres, créent des nouveaux centres d’impression et licencient les employés. En France, Serge Dassault, fabricant d’armes, possède à lui seul 70 titres dont des quotidiens importants comme Le Figaro, L’Express, L’Expansion. Les industriels multiplient les alliances entre eux mais s’affrontent également et menacent le pluralisme. La presse perd donc de sa crédibilité, étant sous contrôle de ces industriels qui ont en main le pouvoir économique et sont étroitement liés au pouvoir politique.

Ces concentrations ont évidemment lieu pour des raisons économiques : d’une part, les coûts techniques et rédactionnels ont fortement augmenté ces dix dernières années et, d’autre part, les annonceurs ne sont plus intéressés que par les gros titres du marché. Les journaux sont désormais obsédés par le tirage, comme la TV l’est par l’audience, tellement la base industrielle est devenue coûteuse. Ceci ayant pour conséquence que de plus en plus de journaux sont en difficulté et vont eux–mêmes chercher de l’aide du côté des groupes, beaucoup plus solides financièrement. Par conséquent, les groupes de presse étendent leur territoire.

Pour en revenir à la Suisse romande, les regroupements sont tels que la région ne compte plus désormais que quatre journaux indépendants : Le Quotidien Jurassien, La Liberté, Le Journal du Jura et Le Courrier de Genève. Cette problématique économique semble irréversible et contraint les journalistes à se soumettre aux groupes de presse et à leurs intérêts. Dans un premier temps, le groupe Edipresse a peu à peu racheté la plupart des titres de Suisse romande. Or, cette avancée devait attirer les convoitises également à l’extérieur : l’arrivée du groupe Hersant, à l’automne 2001, sur la rive du Lac Léman, où il a repris le quotidien local de Nyon La Côte, a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Poursuivant sur sa lancée, le groupe français a encore acquis les deux quotidiens de Neuchâtel L’Express et L’Impartial en février 2002.

(9) Presse Suisse , 20 ans de Tohu–Bohu, Guy Mettan, Presse et Edition en Suisse Romande p. 26

 

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